La Mal-Aimée

Kim Dong-Hwa, Éditions Casterman (2008)

THE GOOD

Ah ~ Ce trait et cette écriture à la simplicité désarmante.  Ah ~ Cette étrange nostalgie qui m’étreint chaque fois que je me plonge dans les planches de cet auteur. Voilà les pensées qui m’envahissent dès que j’ouvre un livre de Kim Dong-Hwa. La Mal-Aimée n’a donc pas fait exception, bien qu’il s’agisse ici d’un recueil de 11 histoires courtes, indépendantes les unes des autres.
En déclinant le sujet de la relation amoureuse, l’auteur se lance en terrain connu. Toujours hanté par les mêmes figures féminines, Kim Dong-Hwa emprunte inlassablement les sentiers d’une Corée plus ou moins ancienne et  plus ou moins fantasmée. Rien d’innovant donc pour celles et ceux qui connaissent déjà son travail si ce n’est que cette édition présente quelques planches en couleurs et que le plaisir de retrouver son univers reste intact. Il y a du rire, il y a des larmes et toujours autant d’humanité…

THE BAD

En soi, faire le choix de réunir différentes nouvelles en un seul volume présente toujours quelques risques. Par exemple : obtenir une qualité générale inégale ou bien voir l’intérêt du lecteur vaciller d’une histoire à l’autre. Maintenant – et à ma grande surprise – c’est au niveau graphique que La Mal-Aimée souffre de quelques ratés, notamment dans La Barque de Camélias.
Pour souligner la gravité de leurs émotions, Kim Dong-Hwa choisit de dessiner certains personnages d’une façon plus réaliste. Si l’intention fait sens, le résultat beaucoup moins. Le procédé perd toute sa force et passe pour de la maladresse  aux côtés du code graphique habituel de l’auteur (simplification des personnages et réalisme des décors) bien plus maîtrisé . Je me suis quand même demandée de quand datait la publication coréenne de la Mal-Aimée. Car si ce recueil a été réalisé avant ses autres titres, ceci pourrait expliquer ce tâtonnement graphique.

THE WEIRD (attention spoiler)

Si l’on m’avait demandé il y a quelques temps si Kim Dong-Hwa respectait les femmes, j’aurai répondu oui sans l’ombre d’un doute. Histoires de Kisaeng et Histoires Couleur Terre sont une ode à la féminité – certes traditionnelle – mais  néanmoins intelligente, vive et à la sexualité assumée (ah ~ ces joutes verbales coquines). Mais après avoir lu la nouvelle Le Dieu Dragon, je suis pour le moins… Perplexe.
L’auteur n’hésite pas à superposer (confondre ?) le sens du sacrifice de l’héroïne (qui souhaite voir la pluie revenir sur son village) la force créatrice qui s’empare du héros (enfin capable de réaliser une peinture ayant une âme) et un viol. J’ai relu cette histoire plusieurs fois et ça ne fait pas un pli : saisi par le désir en voyant le corps de la jeune vierge (hum) le peintre passe à l’acte alors que la jeune fille est complètement endormie (HUM). On ne saura rien de ce qui suit sauf que : le héros achève sa peinture, la pluie se met à tomber et que le tout se finit par une demande en mariage.
Alors. Ce que je reproche ici à Kim Dong-Hwa ça n’est pas l’utilisation du viol en soi, mais le manque de condamnation de celui-ci. Que cette condamnation soit symbolique ou factuelle, elle me semble nécessaire car à l’instar du meurtre, le viol est un crime.  Point. Hors l’auteur traite l’évènement comme un pis allée, voir pire : il l’utilise comme une étape foncièrement positive puisque sans ce passage, point d’inspiration, donc point de peinture, donc point de pluie miraculeuse censée sauver tout un village. On pourra toujours me dire que la mythologie grecque par exemple, regorge d’intrigues de ce type et qu’elle n’en est pas moins remarquable à bien des plans. À ça je répondrai : certes. Mais tâchons de ne pas oublier que cette civilisation a depuis longtemps disparu et que si les idées rétrogrades et dangereuses de l’époque pouvaient suivre le même chemin, ça ne nous ferait vraiment pas de mal.

VERDICT

Comme je le disais plus haut, il y a des chances pour que certaines histoires de ce recueil vous touchent plus que d’autres. Pour ma part : Chagrin d’Enfance, L’Alcool de Fleurs et Le Pissenlit ont eu ma préférence. Maintenant, je pense que Kim Dong-Hwa exploite bien mieux le format court dans Les Nourritures de l’Âme ou La Bicyclette Rouge.

Pour ceux qui auront remarqué que La Mal-Aimée ne correspond à aucun titre parmi les 11 nouvelles, voici un souvenir d’enfance raconté par l’auteur et qui explique bien des choses :

 

[…] moi pendant ce temps, je faisais des gribouillis au sol couleur chair à l’aide d’une petite branche calcinée. D’abord un grand cercle, puis deux traits maladroits pour les yeux et un petit nez de travers… Une fois que le visage de ma bien-aimée était achevé, je me mettais à l’appeler doucement. La mal-aimée… La mal-aimée… Elle était si belle à mes yeux que je ne pouvais l’appeler autrement.

2 réflexions au sujet de « La Mal-Aimée »

  1. On dirait que Kim Dong-Hwa est la mal-aimée et que le dessin est une manière d’exprimer une partie d’elle-même. Comme l’artiste plus globalement, l’écrivain, le cinéaste …

    Merci pour ton analyse (partagée sur le viol) de son oeuvre, que je ne connaissais pas. A voir lors d’une prochaine montée à Paris, qui sait ?🙂

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